Supplément culture, Chronique Cinéma: Nigérian : deuxième puissance mondiale

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En Afrique, le Nigeria est le pays le plus peuplé, avec 203 millions d’habitants en 2018, mais aussi la première économie et le premier producteur de pétrole. C’est aussi la première puissance cinématographique du continent. Il emploie, dans ce qu’il est convenu d’appeler l’activité nationale par excellence, plus d’un million de personnes, brassant 853,9 milliards de nairas (autour de 1.600 milliards FCFA), soit 1,2 % du PIB.
Ce cinéma est essentiellement animé par Nollywood, qui en a fait, depuis 2009, la deuxième puissance cinématographique au monde en nombre de films produits par an, après l’Inde (Bollywood) mais devant le géant Hollywood. Son influence culturelle s’est largement étendue en dehors des frontières de l’Afrique. Cette déferlante a vu le jour grâce à l’arrivée des caméscopes et à l’hyperactivité de ce que les spécialistes appellent des apprentis cinéastes qui, sans aucune formation, se lancent dans la réalisation avec un budget dérisoire.
Nollywood est née dans les rues de Lagos grâce au commerce informel des vendeurs de rue qui, à la fin des années 1980, enregistraient des vidéos amateurs sur les cassettes vierges. Ce business a pris de l’importance dans les années 1990, au moment où la télévision nationale a été victime des tensions politiques qui ont libéré de nombreux artistes et techniciens dont certains se sont mis à produire des films indépendants à petit budget. N’importe qui pouvait tourner un film lui-même, en quelques jours.
Le pays compte peu de salles de cinéma. La plupart de ses salles obscures ont fermé depuis la fin des années 80. Les films n’étaient plus diffusés que sur un seul canal télévisé. La résurrection s’est opérée grâce à la commercialisation des caméscopes et la possibilité de dupliquer les films sur VHS. Pour freiner le piratage qui fait des ravages dans le secteur, les distributeurs de films se sont regroupés dans des marchés dédiés à ce commerce. Le plus renommé d’entre eux, Idumtao Market, est situé dans le quartier de Surelere. Selon la Banque mondiale, pour chaque exemplaire vendu légalement, neuf autres sont illégaux.
Contrairement au système des grands studios hollywoodiens, au Nigéria, pas de plateaux de tournage ni de studios ! Le pays n’en compte pas et les films se tournent en décor naturel. Ce sont des maisons qui abritent les bureaux de production, les salles de montage, les entrepôts de matériel. Le budget moyen d’un long métrage est de 12 000 euros (autour de 8 000 000 FCFA) et son tournage ne dure qu’une semaine environ. La grande majorité des films est tournée en vidéo, et non en pellicule jugée trop chère. La postproduction (montage, mixage, étalonnage) a lieu très rapidement après le tournage, pour permettre une sortie rapide.
Les films sont majoritairement tournés, pour moitié en yorouba, le reste se partageant entre l’ anglais, et le haoussa. Ils véhiculent, pour la plupart, le quotidien des Nigérians : des histoires d’amour réputées pour leur côté mélodramatique, la trahison, les impitoyables belles-mères, le banditisme, l’émigration des campagnes vers la ville, les traditions, la religion, les rituels…, mais aussi des thèmes religieux (guérison, miracle, conversion, vie spirituelle, etc.) dont certains sont produits par des églises évangéliques, les musulmans commençant à s’y mettre aussi.
La journaliste nigériane, Rebecca Moudio, estime que Nollywood produit une cinquantaine de films par semaine. La production dure moins d’un mois et sa rentabilité se fait en deux à trois semaines après leur sortie, pour prendre une longueur d’avance sur la piraterie. La plupart des DVD se vendent à plus de 20 000 exemplaires, et les grands succès à plus de 200 000 exemplaires. Selon elle, les revenus des acteurs de Nollywood restent faibles. Les plus connus gagnent entre 1 000 et 3 000 dollars par film. Seuls quelques-uns peuvent prétendre à des cachets plus élevés. Comme la star Omotola Jalade Ekeinde qui s’est récemment classée en tête de la liste des acteurs les mieux payés avec 5 millions de naira (près de 9 millions FCFA) par film. Les réalisateurs, affirme Mme Nwagboso, critique de cinéma, ne sont que peu ou pas du tout rémunérés, et le gouvernement ne perçoit pratiquement aucune recette.
Après des années d’amateurisme, le cinéma nigérian arrive à maturité. Les moyens technologiques ont fait un bond en avant et les cinéastes sont mieux formés. De la production de navets, ils sont passés aujourd’hui à des superproductions de plusieurs millions de dollars qui sont à l’affiche mondiale. Jusque là réticent à l’usage du 35 mm, le format le plus répandu dans les festivals cinématographiques internationaux, Nollywood prend conscience des limites du format vidéo, qui fermait les portes du marché international.

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