Spécial 100 jours du Premier ministre, Apaisement du climat politique et social : Un acquis important

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Cérémonie de signature de l’Accord politique de gouvernance, le 2 mai 2019

L’équipe de Boubou Cissé a réussi la décrispation aussi bien sur l’échiquier politique que sur le front social. Place aux actions constructives pour ensemble sortir notre pays de la crise

L’expression de «l’eau a coulé sous les ponts» signifie que du temps a passé, et par extrapolation, c’est une façon de dire qu’il s’est passé bien des choses. Ainsi, pour tout observateur averti de la scène politique malienne, cette expression collerait bien à la situation générale du pays depuis la nomination le 22 avril dernier, de Dr Boubou Cissé comme Premier ministre, tant les lignes ont commencé à bouger au niveau de la gouvernance.

Souvenons-nous, au plan national, le contexte antérieur à la nomination du Premier ministre Cissé était en effet fortement dominé par la détérioration de la sécurité, en l’occurrence dans la région de Mopti, où des attaques terroristes et des massacres de populations civiles étaient légion.

Dans les autres localités du pays, notamment à Bamako, la situation d’ensemble n’offrait guère de perspectives heureuses, puisque fortement marquée par la crispation du climat politique née essentiellement de l’élection présidentielle de juillet-août 2018. Ce tableau déjà assez sombre fut davantage noirci par des mouvements au niveau du front social en pleine ébullition, dont l’illustration parfaite a été non seulement le douloureux épisode de la longue grève du corps enseignant, mais aussi celle de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), des magistrats, des cheminots etc, avec leur cortège de marches, de meetings, de grève de la faim. Qui plus est, les manifestations de protestation d’une partie de leaders religieux (musulmans) dirigées contre les autorités rendaient davantage complexe la gestion de la situation. C’est dans ce contexte très peu favorable que Dr Boubou Cissé fit son entrée à la Primature, suivie dans la foulée le 2 mai 2019 par l’historique cérémonie de signature de l’Accord politique de gouvernance entre le Premier ministre et les forces politiques. Fruit de longues négociations avec différents regroupements politiques, le document permet une collaboration plus volontariste dans la recherche des solutions à la crise qui secoue notre pays.

«L’accord souhaite valoriser toutes les sensibilités politiques car, nous estimons que tous ceux qui sont présents à cette cérémonie, ceux qui sont ailleurs, dans leurs bureaux, ceux qui sont au marché, les ouvriers sur les chantiers, les artisans dans leurs métiers, le soldat qui se bat au front, pour notre sécurité, etc. tous, ont en commun une chose : le bonheur de notre pays. Oui, le Mali, c’est notre patrimoine commun ; nous ne devons, sous aucun prétexte le laisser détruire», déclarait Boubou Cissé, lors de la cérémonie de signature de l’Accord politique de gouvernance.

MAIN TENDUE- Également signataire dudit document au nom du Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD), Pr Oumar Hamadoun Dicko a indiqué que ce regroupement politique a saisi l’opportunité historique de la main tendue du chef de l’Etat pour sauver le Mali. «Nous avons posé des conditions, nous ne sommes pas totalement satisfaits, mais nous avons l’essentiel. Nous avons en commun le Mali et c’est cela le plus important. C’est ce que chacun de vous (majorité, opposition, société civile) aura compris. Rien ne peut être au-dessus de notre pays», a-t-il argumenté.

Au chapitre consacré à l’apaisement du climat social dans l’Accord politique de gouvernance, il est notamment mentionné que les parties s’engagent à travailler à l’apaisement du front social et à négocier un moratoire dans l’exercice du droit de grève, permettant ainsi de traiter de manière holistique toutes les demandes des travailleurs du secteur public comme du secteur privé. Comme pour conforter la dynamique d’ouverture et d’apaisement ainsi enclenchée, le gouvernement qui venait d’être formé a vu l’élargissement de sa base politique et sociale avec l’entrée remarquée de l’opposition politique.

Et trois mois après ? Incontestablement, l’équipe gouvernementale que dirige Boubou Cissé depuis maintenant trois mois a engrangé des points positifs dont le premier est sans doute d’être parvenue à ramener une relative accalmie dans le landerneau politique malien. En effet, les nombreux meetings, marches et autres conférences, principales armes jusque-là utilisées par l’opposition politique pour critiquer la gouvernance des autorités du pays, ont progressivement laissé la place à des espaces de rencontres, de concertations entre acteurs politiques de différents bords autour des grandes questions de la nation.

GRÈVE DE LA FAIM- Autre acquis notable du gouvernement Boubou Cissé : l’apaisement du climat social avec l’arrêt de la grève de la faim qu’observaient des semaines durant les cheminots ; des débuts de réponses favorables aux doléances des magistrats. Dans le même registre, une grande prouesse réalisée par le gouvernement formé le 5 mai dernier est assurément le fait d’avoir mis fin à la longue grève des enseignants, permettant du coup de sauver in extremis l’année scolaire que d’aucuns pensaient déjà perdue. Il y avait d’autant plus de raisons d’inquiétudes qu’entre novembre 2018 et mai 2019 les syndicats d’enseignants avaient déposé pas moins de sept préavis de grève, occasionnant plusieurs mois d’arrêt de travail.

Afin de consolider ces acquis, le gouvernement s’est résolument engagé dans un processus de mise en œuvre des accords conclus avec les syndicats, afin de restaurer la confiance entre les deux parties. C’est ainsi que pas moins de cinq projets de loi ont été adoptés concernant le statut général des fonctionnaires, le Code du travail, la revalorisation des salaires de base du personnel de l’administration relevant du Code du travail, du personnel enseignant contractuel de l’État et du personnel enseignant contractuel des collectivités territoriales. Il y a aussi les conditions d’emploi et de rémunération des membres non fonctionnaires du cabinet du président de la République, du cabinet du Premier ministre et des cabinets ministériels. Sans compter l’allocation d’une indemnité de logement aux fonctionnaires du cadre de la surveillance des services pénitentiaires et de l’éducation surveillée.

Couronnement de ce travail herculéen, c’est avec un grand soulagement que les Maliens ont vu le lundi 29 juillet dernier le premier chef de leur administration donner le coup d’envoi de l’examen du diplôme d’études fondamentales (DEF), session de juillet 2019 au Groupe scolaire Mamadou Konaté. Ce geste hautement symbolique du chef du gouvernement ouvrait ainsi la voie à la tenue des autres évaluations pour le grand bonheur des élèves, des étudiants, des parents, garantissant in fine l’avenir du Mali. En somme, reste à espérer qu’avec l’organisation prochaine du Dialogue politique inclusif, ce vent favorable qui a commencé à souffler sur la «Maison Mali» perdure.

Massa Sidibé
L’ESSOR

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