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Madina Kouroulamini : Le manque d’eau, souci majeur des maraîchères

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La pénurie du précieux liquide affecte les activités de ces dames, limitant ainsi les possibilités pour elles de tirer le maximum de revenus de leurs parcelles

Le maraîchage est l’une des activités principales des villageois pendant la saison sèche. Cependant, l’insuffisance de l’eau en cette période entrave fortement le bon fonctionnement de cette activité génératrice de revenus dans un grand nombre de villages de notre pays. Les jardiniers des campagnes défavorisées par le manque d’eau font face à d’énormes difficultés dans l’exécution de leurs activités.
Une situation difficile qui pousse beaucoup de maraîchers à jeter l’éponge. Privés d’activités génératrices de revenus, beaucoup de bras valides sont contraints de quitter les villages pour venir s’installer dans les grandes villes à la recherche d’une activité plus rentable.
Notre équipe de reportage s’est rendue dans un périmètre maraîcher à Madina Kouroulamini (cercle de Bougouni) pour constater de près les conditions dans lesquelles travaillent les femmes de ce village. Ce périmètre maraicher, situé à moins de 2 kilomètres du village, est une initiative de l’Association malienne de recherche action pour le développement (AMRAD) et l’Association Komakan qui regroupe les ressortissants de Madina Kouroulamini vivant à Bamako. D’une superficie d’environ un demi-hectare, le site se rétrécit graduellement à cause du manque d’eau.
Le soleil n’a pas encore commencé à darder ses rayons ardents ; l’horloge affiche six heures. Debout sur la margelle du puits à une soixantaine de mètres de l’entrée du jardin, une dame d’une cinquantaine d’années est occupée à puiser de l’eau. « Dépêche-toi, je dois retourner au village pour aider les autres femmes », lance-t-elle à sa fille de 13 ans. Les puits qui sont dans le jardin n’ont plus suffisamment d’eau, c’est pourquoi la quinquagénaire, nommée Korotoumou Diawara vient se servir dans ce puits. « Pour avoir de l’eau, je dois venir avant la prière de l’aube pour remplir mes seaux. Ensuite, je retourne chez moi pour accomplir la prière matinale », confie notre vaillante jardinière avant d’ajouter qu’il faut un courage de fourmi pour obtenir de l’eau après le lever du soleil.
Comme le dit un adage, à chaque problème, sa solution. La brave dame raconte la sienne : « Après avoir rempli quelques seaux, il faut laisser le temps au puits de récupérer de l’eau. Pendant ce temps, on se repose. Dans l’après-midi, nous revenons encore puiser de l’eau pour arroser les plantes ».
Baya Diarra, sexagénaire, est la responsable du jardin. Elle y travaille depuis sept ans. La vieille dame et ses collègues cultivent l’oignon, la salade, le poivron. Elles ont planté également des papayers, du manioc et de la patate. Grâce à ces produits, le régime alimentaire des habitants de Madina Kouroulamini s’est légèrement enrichi. Ici, le manque d’eau est la préoccupation majeure qui coupe le sommeil aux maraichères.
Baya Diarra explique que l’insuffisance de l’eau a découragé beaucoup de femmes, raison pour laquelle la quasi-totalité du périmètre reste inexploitée. Montrant des parcelles, Kadia Diakité, une autre jardinière, signale qu’au moment où l’eau était abondante, on pouvait trouver plus d’une trentaine de femmes dans le jardin. Pour arroser ses plants, la maraichère est obligée d’aller chercher de l’eau dans les pompes du village.
Afin de trouver une solution au problème, les maraîchères ont cotisé pour curer deux puits. Le montant de cette prestation s’est chiffré à 15.000 Fcfa. La doyenne regrette que cet effort ait été insignifiant. Elle en veut aux hommes du village qui ne se soucieraient que peu du périmètre maraîcher.
Les femmes ne sont pas confrontées seulement au manque d’eau. Il y a aussi le problème de la divagation des animaux domestiques. Baya Diarra déplore le fait que les chèvres et les bœufs en errance viennent souvent brouter leurs plantes. Pour la vieille dame, le travail dans le jardin de Madina Kouroulamini est devenu une affaire d’honneur du village. « Nous persévérons dans cette activité pour rendre hommage aux initiateurs de ce projet et sauver la réputation du village », souligne-t-elle, ajoutant qu’il faut coûte que coûte préserver ce jardin pour ne pas l’abandonner à un triste sort.
Sata Doumbia est l’une de ces femmes qui ont abandonné le jardin. Elle n’y travaille plus, depuis trois ans. « J’étais l’une des plus entreprenantes dans ce jardin, mais le problème d’eau m’a contraint à abandonner », se souvient la dame qui ajoute que cette triste situation a découragé plus d’une dizaine de jardinières. Selon elle, il ne reste qu’une poignée de femmes qui y travaillent encore. Quand l’eau manque, poursuit notre interlocutrice, il faut revenir dans le village en chercher. Une tâche très ardue, s’exclame-t-elle, avant de saluer le courage de celles qui continuent de travailler dans le jardin. « Nous cultivions ce jardin jusqu’au début de l’hivernage. Présentement, les travaux prennent fin depuis le mois d’avril », précise Sata.
Pendant que les jardinières sont en pleine activité, explique-t-elle, les trois principaux puits tarissent complètement et les plantes en souffrent. Selon notre interlocutrice, avant que le manque d’eau n’atteigne une telle acuité, le maraîchage rapportait gros. Elle se souvient qu’elle pouvait récolter 2 à 3 sacs d’oignons dans l’exploitation de ses trois planches. « Un jour de 31 décembre, j’ai gagné beaucoup d’argent grâce à la salade que j’ai vendue », rappelle Sata Doumbia, avec une pointe de nostalgie.
Pour assurer une source pérenne d’eau, les femmes estiment que les puits doivent être curés à une plus grande profondeur. En attendant, le découragement gagne nombre des dames.

Mohamed D. Diawara
L’ESSOR

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