Le Premier ministre au Conseil de sécurité : PARTAGER LES PROGRÈS DU MALI POUR LA SORTIE DE CRISE

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Le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, s’est adressé, vendredi aux membres de l’organe exécutif des Nations unies, à New York, à l’occasion de la réunion
d’information sur la situation dans notre pays

Le chef du gouvernement a exprimé la détermination de notre pays à lutter, sans faiblesse, contre les groupes terroristes et les extrémismes

Au cours de la deuxième étape de sa visite de quatre jours aux Etats-Unis, cette adresse importante devant le Conseil de sécurité, a donné l’opportunité au chef du gouvernement de présenter les progrès réalisés par le Mali, six mois après l’engagement du président de la République Ibrahim Boubacar Keïta, dans sa prestation de serment, de maintenir résolument notre pays sur la voie de la sortie de crise.
Soumeylou Boubèye Maïga a assuré aux membres du Conseil que le président du Mali, son gouvernement, la Coordination des mouvements de l’Azawad, la Plateforme des mouvements du 14 juin 2014 et tous les groupes associés à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger restent totalement engagés pour la mise en œuvre diligente et inclusive de ses dispositions.
Enumérant les actions en faveur de la paix, depuis la mise en place du gouvernement, Soumeylou Boubèye Maïga a cité l’accélération de la matérialisation des dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation, notamment en ce qui concerne les réformes institutionnelles et la mise en œuvre des arrangements sécuritaires. «A cet égard, le chef de l’Etat nous a instruit d’engager un processus consensuel et inclusif de révision constitutionnelle et de réformes institutionnelles », a-t-il déclaré.

DES PROGRèS TANGIBLES – Ce processus, qui doit aboutir à l’adoption d’une nouvelle Constitution, à travers un référendum, a débuté avec l’installation d’un Comité d’experts chargé de la rédaction du projet de texte fondamental. Ces experts ont commencé, le 16 février dernier, leurs travaux de revue des projets de révision constitutionnelle élaborés par le passé, des dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Le comité doit aussi tenir compte de l’évolution de la vie politique malienne et conduire de larges consultations au plan national.
Le gouvernement a mis sur pied un Cadre de concertation national qui soutient le travail des experts et intègre les partis politiques, les mouvements signataires et associés et les organisations de la société civile. Pour renforcer le caractère consensuel de la révision constitutionnelle, le président Keïta a, récemment, initié des rencontres avec les leaders de la majorité et de l’opposition en vue de recueillir leur analyse de la situation nationale et leurs propositions pour une vie politique et sociale animée autour d’une vision commune des grands problèmes de notre nation. Certains qui n’ont pas pu être reçus feront parvenir leurs contributions par écrit.
Le gouvernement accélère aussi la mise en œuvre du processus de décentralisation et de la régionalisation. A preuve, le Code des collectivités et la loi portant conditions de la libre administration des collectivités territoriales, promulgués le 2 octobre 2017, ont établi des bases solides pour la réforme administrative et la décentralisation. La mise en œuvre de ces mesures a amélioré sensiblement le taux de transfert qui a atteint plus de 21% des recettes budgétaires en 2019. Ainsi, le montant des ressources transférées a été doublé entre 2015 et 2019 avec une augmentation de plus de 190 millions de dollars.
Autre effort du gouvernement : le transfert des services déconcentrés de l’Etat aux collectivités territoriales, conformément à l’article 14 de l’Accord pour la paix et la réconciliation. En adoptant, le 20 février 2019, le décret sur les modalités de ce transfert, le gouvernement crée ainsi les conditions pour les collectivités territoriales de fournir les services sociaux de base aux populations, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’eau et de l’assainissement. Il a créé, également, les conditions du développement régional, notamment dans les domaines de l’agriculture, de la fiscalité locale, de l’emploi des jeunes et de l’énergie
Le rapport du secrétaire général, lui-même, note une légère augmentation, au cours des six derniers mois, du pourcentage des administrateurs civils et d’autres représentants de l’État dans les régions du Nord et du Centre. Alors que la présence des Autorités intérimaires, dans toutes les régions du Nord du Mali, permet d’encadrer la fourniture des services sociaux de base aux populations. «Pour l’installation et le fonctionnement de ces Autorités intérimaires, le budget d’Etat a mobilisé un peu plus de 22,5 milliards de Fcfa» a révélé Soumeylou Boubèye Maïga.
Cependant, les acquis encourageants ne font pas perdre de vue l’extrême volatilité de l’environnement sécuritaire dans lequel s’exerce l’action des autorités de notre pays. Le Premier ministre n’a pas occulté cette situation caractérisée par la poursuite de la menace terroriste dans le Nord et au Centre et qui rend plus compliquée la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. «Les groupes terroristes suscitent, entretiennent et exacerbent les violences intercommunautaires en ressuscitant des litiges anciens et quelques rivalités séculaires», a expliqué Soumeylou Boubèye Maïga.

FRAGILITé DES ACQUIS – Pour contrer les nouvelles menaces, le gouvernement a élaboré et mis en oeuvre un Plan de sécurisation intégrée des régions du Centre (PSIRC), comportant un renforcement des dispositifs de sécurité à travers notamment le déploiement pour l’année 2018, de 13.000 hommes et la création de 16 nouveaux postes de sécurité, ainsi que des actions de mobilisation sociale, de travaux à haute intensité de main d’œuvre, d’activités génératrices de revenus en faveur des femmes et des jeunes, et des programmes de communication visant à promouvoir la cohésion sociale.
Le processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) accéléré lancé, le 6 novembre 2018, à Gao, Tombouctou et Kidal, qui concerne les éléments du Mécanisme opérationnel conjoint (MOC, a permis l’enregistrement et le désarmement de plus de 1.400 combattants sur 1.600 prévus, tous issus des deux mouvements signataires de l’Accord et des autres groupes armés acquis à la paix. Ce processus se poursuivra pour accueillir 417 ex-combattants supplémentaires. Ces soldats suivront une formation sous les auspices du ministère de la Défense, de la MINUSMA et de l’Union européenne (UE). «A la fin de leur mise à niveau, a précisé le Premier ministre, les combattants seront affectés à la sécurisation de la suite du processus de DDR dans un environnement que le Conseil de sécurité sait difficile».
Entre février 2018 et mars 2019, plus de 74.405 combattants ont été préenregistrés par la Commission DDR, parmi lesquels 23.427 ont des armes, 17.000 ont rempli les critères d’éligibilité pour participer au processus de DDR.
La liste des actions en faveur de la paix s’allonge avec la réforme du secteur de la sécurité, le Programme de désarmement pour la réduction de la violence entre les communautés au terme duquel 1.500 éléments ont été recensés, le rappel des anciens éléments des Forces armées maliennes dont 505, à ce jour ont réintégré les forces de défense et de sécurité, la création d’un corps de gardes-frontières en vue d’une meilleure surveillance des sept frontières du Mali, grâce au soutien de l’UE, d’EUCAP Sahel Mali et de l’EUTM, le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité qui continuent de se déployer dans le Nord, les efforts pour un environnement favorable au développement et à l’action humanitaire. «Nous avons enregistré des progrès sur les six derniers mois, mais ce sont des progrès fragiles. Pour les consolider, nous avons besoin de bénéficier encore de la présence de la communauté internationale via la MINUSMA», a encore dit le Premier ministre à la presse à la fin de la réunion. Il a estimé que la situation sécuritaire au Mali et dans la région sahélienne nécessite que cette présence se maintienne, se renforce et nous permettre de renforcer nos propres capacités, de déployer des réponses sécuritaires et non sécuritaires face à une crise profonde, multidimensionnelle et transfrontalière
Soumeylou Boubèye Maïga a salué l’impressionnante vague de compassion et de solidarité dont notre pays a bénéficiée quand, le 23 mars dernier, le comble de l’horreur a été atteint avec le massacre de plus de cent soixante habitants du village d’Ogossagou.
Ces évènements et ceux du 17 mars, qui ont vu vingt-trois de nos soldats succomber lors de l’attaque de leur poste par des terroristes dans le village de Dioura, soulignent une fois de plus la nécessité de la mobilisation et de la vigilance extrême dans le combat «que nous menons pour sauvegarder l’avenir de notre nation».
Le chef du gouvernement a exprimé la détermination de notre pays à lutter, sans faiblesse, contre les groupes terroristes et les extrémismes, mais aussi à rechercher et à traduire devant les juridictions compétentes les auteurs et complices de ces massacres.
Ce plaidoyer constant sur le leadership des Maliens et pour l’accompagnement de la MINUSMA, son maintien et surtout le renforcement de la mission onusienne ont été les maitres-mots d’un message dont l’auteur dit qu’il a été entendu et souhaite qu’il sera ïbien compris.
Au cours de cette séance, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres a exprimé la nécessité de mener des enquêtes pour élucider les meurtres collectifs d’Ogossagou et la poursuite des actions pour consolider les acquis. Le ministre français, Jean Yves Le Drian, a, quant à lui, insisté sur les derniers évènements sanglants qui, selon lui, rappellent «la nécessité et la pertinence d’aider le Mali». Il a énuméré des progrès tangibles qui militent pour la poursuite de l’appui international à notre pays : «des élections organisées de façon satisfaisante, l’implication des femmes dans le processus de mise en oeuvre de l’accord», notamment.
L’intervention du chef du gouvernement du Mali a été précédée aussi par celles des représentants au Conseil de sécurité de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie, de la République dominicaine, de la Belgique et de l’Allemagne, de la Pologne, du Pérou, de la Guinée équatoriale et du Koweit. Ont également pris la parole le sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires politiques, David Hale, le ministre ivoirien des Affaires étrangères, Marcel Amon Tanoh et le représentant du Royaume-Uni.

Envoyé spécial
Moussa DIARRA

INTENSE TRAVAIL DIPLOMATIQUE EN AMONT

Avant la réunion d’information du Conseil de sécurité sur la situation au Mali, le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, a déployé une intense activité d’information des parties prenantes, partenaires et acteurs impliqués dans la solution du redressement de notre pays. Il s’est agi de partager avec ses interlocuteurs la conviction que le moment n’est pas à un relâchement des efforts internationaux.
«Contre tous ces ennemis sans visage ou aux mille visages qui n’ont de cesse de vouloir détruire nos institutions démocratiques et républicaines, la cohésion et le vivre ensemble séculaire de nos sociétés», devant la volonté manifeste des ennemis de la paix et des agresseurs du Mali de détruire la présence de l’Etat et la base de la société à travers, par exemple, le système éducatif, il est de l’intérêt commun des partisans de la paix et du redressement du pays de réunir leurs efforts et, même, de les intensifier. L’objectif commun est de faire échec aux agressions de toutes sortes et de prouver la justesse, la pertinence et la nécessite de la présence étatique et international afin de crédibiliser, aux yeux des populations, la puissance publique ainsi que l’aide et l’appui internationaux.
Ce travail d’explication et d’information, par le chef du gouvernement, a commencé dès jeudi, d’abord au cours d’une réunion avec les ambassadeurs des pays africains membres du Conseil de sécurité, puis une audience avec le secrétaire général adjoint chargé des opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix. Les échanges ont été de la même amplitude avec le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, suivis d’une audience avec le représentant permanent de la Fédération de la Russie, Vassily Alekseevich Nebenzia. Tout comme avec le représentant permanent de la Chine auprès des Nations unies, Ma Zhaoxu.
Le lendemain, vendredi, jusqu’aux ultimes minutes avant le début de la réunion, l’exercice a continué avec la sous-secrétaire générale des Nations unies pour l’Afrique, Bintou Keïta, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas et, également le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui a présidé la réunion sur la situation du Mali.
Avec la secrétaire générale adjointe chargée de l’Afrique, Bintou Keïta, les échanges ont porté sur les défis, mais aussi les efforts avérés dans la mise en place des réformes et, notamment, l’un des aspects fondamentaux qui est la préparation de la révision de la Constitution.
Mme Keïta a indiqué que cela est un élément, un socle. «Tout le reste, en ce qui concerne les aspects de développement, d’accompagnement de la restauration de la présence de l’Etat sur l’ensemble du territoire, vont suivre», a-t-elle dit, revelant qu’il y a déja des actions qui sont prises avec les partenaires. «On espère que les uns et les autres vont comprendre que c’est le Mali tout entier qu’il faut gérer et que les défis du pays appartiennent à chacun des Maliens pour faire des efforts de compréhension et mettre de côté tout ce qui ne sert pas le Mali», a ajouté la diplomate onusienne.

M. D.

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