Interview du Mois, Oumar Hamadoun Dicko : « LE GOUVERNEMENT EST RÉSOLUMENT ENGAGÉ POUR METTRE EN ŒUVRE LES ACCORDS CONCLUS »

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Le ministre du Dialogue social, du Travail et de la Fonction publique explique, dans cette
interview exclusive, que l’apaisement du front social est l’une des missions du gouvernement. Cela passe par l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents de l’Etat. Voilà pourquoi, son département prévoit de mener de nombreuses actions dans ce sens

L’Essor : Quel est le sens de la création d’un ministère dédié au Dialogue social ?

Oumar Hamadoun Dicko : Depuis un certain temps, il a été constaté une forte détérioration du climat social. Les effets néfastes de la crise ont fortement perturbé les conditions de vie et de travail des travailleurs. On assiste alors à une montée des revendications catégorielles, avec son corollaire de grèves souvent illimitées dans des secteurs essentiels. Les efforts déployés par les différents acteurs n’ont pas permis d’apaiser le climat social. Le système de prévention mis en place n’arrive plus à éviter l’augmentation du nombre de conflits ouverts. Les revendications syndicales deviennent de plus en plus maximalistes et les quelques accords issus des négociations peinent à être appliqués, d’où une crise de confiance entre le gouvernement et les organisations de travailleurs. Dans le souci d’un apaisement durable du climat social et pour jeter les bases d’une relance économique soutenue, il est apparu nécessaire de créer un ministère dédié au Dialogue social, permettant ainsi au gouvernement de mettre en place une stratégie partagée et inclusive de prévention et de gestion des crises dans le monde du travail.
L’Essor : L’article 12 de l’Accord politique de gouvernance stipule que les parties s’engagent à travailler à l’apaisement du front social et à négocier un moratoire dans l’exercice du droit de grève pour que les demandes des travailleurs soient bien traitées. Concrètement comment comptez-vous vous y prendre ?

O. H. D: La détérioration du climat social est l’affaire de tous y compris le monde politique. Sans l’apaisement du climat social, c’est tout le système de production qui s’en trouve perturbé et cela peut se sentir même dans le panier de la ménagère. Alors, travailler à l’apaisement du front social jusqu’à négocier une trêve avec les organisations syndicales de travailleurs suppose d’abord qu’il y a une volonté affichée des acteurs de jouer franc jeu en accompagnant toutes les initiatives du gouvernement allant dans le sens de l’instauration d’un climat social serein et durable dans nos unités de production.
Ce qui amène le ministre du Dialogue social que je suis à penser mettre en place une stratégie de prévention et de gestion des remous sociaux axée sur l’instauration d’un processus de dialogue inclusif ; le renforcement des structures du dialogue social ainsi que des capacités des acteurs ; la promotion et le respect des principes et droits fondamentaux au travail. Etc.
L’Essor : L’Accord politique de gouvernance parle ainsi de la refondation du cadre légal et règlementaire du monde du travail. Une conférence sociale peut-elle ramener un calme durable sur le front social ?

O. H. D: L’une des causes des différents conflits que le Mali a connus dans le monde du travail depuis au moins cinq ans est le besoin de renforcement du tissu législatif et règlementaire en vigueur, notamment les textes relatifs à la création des organisations syndicales et à l’exercice du droit de grève.
Une conférence sociale pourrait permettre aux principaux acteurs de faire entre autres, l’état des lieux de la législation et faire en même temps des propositions concrètes allant dans le sens du renforcement de l’efficacité des dispositions légales et règlementaires en la matière.
L’Essor : Le Conseil des ministres du 29 mai 2019 a adopté des projets de loi sur présentation de votre département. Quel sens donnez-vous à ces mesures ?

O. H. D: D’abord, je remercie le gouvernement ainsi que le président de la République pour l’adoption sans aucune difficulté de ces projets de textes. En jetant un regard sur les accusations portées à l’endroit du gouvernement, on retrouve le non-respect des engagements pris comme principal grief. En un mois, nous avons pu faire adopter plusieurs textes : la loi portant modification de la loi n° 02-053 du 16 décembre 2002, modifiée, portant statut général des fonctionnaires ; la loi portant modification de la loi n° 92-020 du 23 septembre 1992, modifiée, portant code du travail ; le décret portant revalorisation des salaires de base du personnel de l’administration relevant du code du travail, du personnel enseignant contractuel de l’État et du personnel enseignant contractuel des collectivités territoriales ; le décret portant modification du décret n° 2012-434/P-RM du 09 août 2012, modifié, fixant les conditions d’emploi et de rémunération des membres non fonctionnaires du cabinet du président de la République, du cabinet du Premier ministre et des cabinets ministériels ; le décret portant allocation d’une indemnité de logement aux fonctionnaires du cadre de la surveillance des services pénitentiaires et de l’éducation surveillée.
Le gouvernement est donc résolument engagé dans un processus de mise en œuvre des accords conclus, jusqu’à leurs extinctions définitives. La restauration d’une confiance mutuelle entre les syndicats et le gouvernement en dépend. C’est tout le sens de ces mesures.
L’Essor : La revalorisation de la grille indiciaire, c’est bien mais pour ce qui concerne l’augmentation de l’âge à la retraite, cela ne va-t-il pas à l’encontre de la lutte contre le chômage des jeunes dans notre pays ?

O. H. D: Alors ce qu’il faut d’abord noter, c’est que les vieux ne sont pas maintenus en poste au détriment des jeunes. La politique de l’emploi du gouvernement intègre un élément important qui est le coaching et le transfert de compétences. Aujourd’hui, il est apparu nécessaire de continuer avec un recrutement massif de jeunes tout en maintenant les anciens en activité un peu plus longtemps afin de permettre aux jeunes de profiter de l’expérience des anciens et à ces derniers d’améliorer aussi leur pension.
Par exemple cette année, dans les différents corps de recrutement à l’ENA et même dans la fonction publique, tous les besoins exprimés non pas pu être satisfaits pas par manque de candidatures, mais par manque de candidats admissibles. Il faut aussi ajouter que la prolongation de l’âge de départ à la retraite permettra à nos deux caisses de sécurité sociale d’améliorer sensiblement leur balance de paiement de la pension.
L’Essor : La caisse des retraites a décidé qu’à partir de janvier 2019, les primes et indemnités seront concernées par les cotisations. Pouvez-vous expliquer les raisons de cette mesure ?

O. H. D: Cette question devrait s’adresser à mon homologue des Affaires sociales. Mais ce que je peux dire, c’est que l’élargissement de la base de la cotisation permet d’améliorer le montant de la cotisation. Ce qui est surtout profitable à l’assuré, car sa pension s’en trouverait conséquemment améliorée aussi. Vous savez que l’un des problèmes des départs à la retraite, c’est le fait qu’il y ait une différence significative entre le montant du salaire (qui est plus élevé) et celui de la pension. Donc l’intégration des primes et indemnités dans la base soumise à cotisation permettra de résoudre ce problème.
L’Essor : Pouvez-vous donner un aperçu sur la politique sociale du gouvernement ?

O. H. D: Si je tiens compte des nombreux défis du moment, la politique sociale du gouvernement vise à préserver la paix et la quiétude sociale de façon durable à travers l’amélioration des conditions de vie des salariés de la fonction publique et du secteur privé ; la relecture des textes de lois pour les adapter aux réalités du monde du travail ; la promotion de l’entrepreneuriat privé.
Tout cela devant s’inscrire dans un document de politique nationale du dialogue social assorti de son plan d’actions.
Nous voulons mettre balle à terre et créer dans la durée un climat de confiance entre les différents acteurs que sont le gouvernement, le patronat et les syndicats. L’organisation prochaine d’une conférence sociale, et sur le moyen terme une politique nationale du dialogue social qui permettrait des regards et des solutions croisées des différents problèmes.
Propos recueillis par
Madiba KEïTA

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