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GAO : Le business lucratif de la datte

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Un étal de dattes dans un marché de la cité des Askia

A l’approche du mois de Ramadan, le marché de ce fruit recherché par les fidèles musulmans est déjà très animé. Son commerce rapporte gros aux importateurs et aux détaillants

Engagés déjà dans une sorte de branle-bas général à quelques jours du ramadan, les commerçants détaillants de dattes de Gao sont présents en grand nombre derrière le commissariat de police de la région de Gao. C’est bientôt le Ramadan, période pendant laquelle les dattes sont beaucoup sollicitées par la communauté musulmane. En effet, celle-ci, s’attelant à une tradition du Prophète Mohamed (PSL), rompait le jeun avec la datte. Cette tradition spirituelle alimente une importante activité commerciale au cœur de laquelle se place la datte, ce fruit comestible du palmier dattier. L’activité est une véritable mine d’or pour les commerçants détaillants, à l’instar de Barack, vendeur de dattes sèches et rouges. Sous le hangar où son business prospère depuis des dizaines d’années, il nous confie : « Je suis détaillant de la datte depuis 20 ans, et ce travail me rapporte parce que je me suis marié et j’ai construit ma maison en banco grâce à ce métier. Je ne connais que ce business. Nous sommes à quelques semaines du carême, c’est la raison pour laquelle j’ai acheté quelques sacs de la 1ère qualité de dattes « tergal » et la seconde qualité  «tinasser ».

Selon lui, le sac de 50 kg de dattes de la qualité « tergal » coûte 37.500 Fcfa. Il revend le kg à 775 Fcfa. Quant à la qualité « tinasser » dont le sac de 50 kg s’élève à 27.500 Fcfa, Barack le revend à 650 Fcfa le kg. « A l’approche du mois de ramadan, je peux vendre 1 à 2 sacs par jour à des voyageurs. Mais une fois cette période passée, le fruit s’écoule difficilement », explique Barack.  Tidiane Baba est, lui, propriétaire de l’alimentation qui fait face à la Pharmacie populaire du Mali de Gao. Là, il vend une variété de dattes très convoitée. Il s’agit de la « deglet nour » (datte lumineuse en français), dont il cède le kg à 1.500 Fcfa. « Je vends cette variété de dattes seulement pendant le mois de Ramadan parce qu’elle coûte cher et elle ne peut pas être conservée longtemps », précise Tidiane Baba dont le gros de la clientèle constitue les Bamakois venus en mission à Gao.

Le business autour de la datte crée d’autres activités lucratives comme le déchargement. Quant le mois de carême arrive, en plus des commerçants, les portefaix, eux aussi, se frottent les mains. Ils s’occupent du déchargement des camions remplis de dattes provenant d’Algérie, d’où le Mali importe la plus grande quantité des dattes.

Mohamoud Salim est le responsable des dockers au niveau des magasins de Baby. Il a 20 ans d’expérience dans le déchargement. Le patron des dockers explique que lui et son équipe déchargent le camion de dattes à 1.500 Fcfa la tonne. « A l’approche du Ramadan, nous pouvons décharger par jour 4 à 6 camions de 20 à 40 tonnes », dit-il.

25 QUALITÉS – Toutefois, le commerce autour de la datte souffre de quelques difficultés. La région de Gao ravitaillait les régions du centre et la capitale en dattes provenant d’Algérie. Depuis la crise de 2012, le circuit du commerce de dattes a changé avec la décision de l’Algérie de fermer le passage vers Gao. Actuellement, certains transporteurs de dattes passent par la Mauritanie, le Sénégal pour venir à Bamako. Les commerçants de dattes de Gao transitent par le Niger. « Ce trajet est très coûteux pour nous sans compter les frais de dédouanement du Niger et du Mali », témoigne le commerçant import-export de dattes, Mahamoud Ould Baraka Baby, l’un des premiers grossistes à Gao. « C’est une activité que je tiens de mes parents et j’ai commencé à travailler avec mes propres moyens en 1983 et c’est le seul métier que je connais dans ma vie. Avec ce commerce des dattes, je me suis marié et j’ai construit des maisons et acheté un véhicule personnel. Ensuite, je paie les frais de scolarité de mes enfants », détaille Mahamoud Baby. Son magasin est connu par les habitants de Gao. Il est situé en plein cœur du centre commercial au 6ème quartier. « La période la plus propice à la vente de dattes est le mois de ramadan. Il y a sept qualités de dattes qui viennent chez nous. Mais, il existe 25 qualités. Celles qui viennent au Mali sont les dattes mouillées et des dattes sèches parmi lesquelles se trouvent une première qualité qu’on appelle en langue arabe « tergal » et la deuxième qualité « tinasser». La datte est un fruit qui ne peut pas être conservée au-delà de six mois, sinon elle risque de pourrir et facilement elle peut être attaquée par les vers de terre », précise M. Baby le connaisseur.

Notre grossiste assure qu’il achète le kg de dattes à 16.000 dinars en Algérie. Au Mali, il revend le kg de la première qualité aux commerçants détaillants à 550 Fcfa. Et la deuxième qualité à 500 Fcfa. La tonne de la datte peut varier de 500.000 à 750.000 Fcfa, selon le poids et la qualité. « Par jour, nous pouvons vendre 200 à 220 tonnes de dattes aux commerçants de Bamako et des autres régions», développe M. Baby, dans le magasin duquel, plus de 50 dockers travaillent dont 4 salariés. Le commerçant indique qu’actuellement, il est confronté à un problème de frais de dédouanement de la datte parce que cela se fait à Sévaré et son souhait est que le dédouanement se fasse à Gao. « Je demande aux autorités de faire quelque chose parce que je suis un commerçant import-export qui paie la patente normalement. Les dattes ne sont pas des marchandises prohibées », explique-t-il.

VITAMINES ET MINÉRAUX – Les dattes proviennent généralement d’Algérie, du Maroc, de Libye, de Tunisie et de Mauritanie, mais aussi d’Arabie Saoudite, du Yémen et des Emirats Arabes Unis. Ces produits sont, bien entendu, de diverses qualités. A ces importations s’ajoute la production nationale provenant en grande partie des trois régions du nord de notre pays, à savoir Gao, Tombouctou et Kidal qui sont également les principales portes d’entrée de l’importation sur le territoire national.

L’origine de l’engouement des fidèles pour la datte est à rechercher dans les saintes écritures islamiques. A en croire de nombreux spécialistes, plusieurs versets coraniques magnifient les valeurs nutritionnelles de la datte. Ces caractéristiques sont ciblées dans la sourate consacrée à Marie en ces termes : « Puis les douleurs de l’enfantement te conduiront au tronc du palmier et elle dit : Malheur à moi ! Que je fusse morte avant cet instant ! Et que je fus totalement oubliée ! Alors Dieu l’appela en lui disant : Ne t’afflige pas. Ton Seigneur a placé à tes pieds une source. Secoue vers toi le tronc du palmier, il tombera sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange donc et bois et que ton œil se réjouisse … » (19 :23-26).

« N’est-ce pas suffisant pour justifier l’intérêt des fidèles pour la datte, s’interroge Alpha Cheick Cissé, conseiller spécial auprès du gouverneur de Gao. Vous savez, il y a une chose dans la religion qu’un bon fidèle aime et doit le faire. C’est d’essayer d’imiter tous les faits et gestes du Prophète Mohamed (PSL). Celui-ci avait pour habitude de rompre le jeûne avec de la datte. Et dès lors, ses coreligionnaires ont aussi pris cette habitude ».

Les scientifiques révèlent que la consommation de la datte permet d’alimenter l’organisme en énergie. Ce fruit aurait des caractéristiques aidant l’accouchement car sa consommation accroît le taux de sucre qui est susceptible de baisser avec la perte du sang. La consommation de la datte, explique le nutritionniste à la direction régionale de la santé de Gao, Isaac Kodio, est extrêmement importante pour les femmes enceintes. Elle contient aussi une forme de sucre qui donne au corps un taux élevé de mobilité et d’énergie thermique. La datte contient une grande quantité de vitamines et de minéraux. Le sucre de la datte est classé parmi les sucres lents, comme celui de la banane. Ces sucres aident beaucoup le fidèle à maintenir son taux d’énergie pour longtemps. La date est aussi très riche en fibres, en protéines, en sodium, en potassium, en calcium. Elle contient de surcroit du fer, du soufre, du chlore, du phosphore et des vitamines A, B1, B2, B3 et B6. Isaac Kodio assure que ces différents éléments nutritifs sont nécessaires à l’équilibre alimentaire de l’homme quand il récupère de son jeûne.

Abdourhamane TOURE

AMAP-Gao

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