Emploi : Le dur quotidien des ouvriers du boulevard de l’indépendance

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                                      Des jeunes ouvriers à la recherche d’un client

Malgré les multiples difficultés, ces travailleurs journaliers gagnent dignement leur vie, contrairement à d’autres jeunes qui tombent dans le grand banditisme dans la capitale

Ce jeudi aux environs de 8h sur le Boulevard de l’indépendance, non loin de la station Total se stationne notre véhicule de reportage. Soudain, des jeunes se ruent vers vous. Ils se bousculent. Des voix s’élèvent l’une après l’une. Souvent ensemble. « Vous avez un travail à faire ? C’est pour un travail ? Vous avez besoin de quelqu’un pour un travail ?». Cette scène illustre le quotidien de ces jeunes ouvriers à la quête d’un travail temporaire. Tous venus de la campagne, certains sont des travailleurs saisonniers. D’autres se sont tout simplement installés à Bamako. Ils servent de main d’œuvre à des propriétaires de maisons en chantier, de champs, de vergers. Ils font également des travaux domestiques.
Le Boulevard de l’indépendance est leur terrain de chasse. Dès qu’un véhicule s’immobilise, ils se bousculent pour discuter avec le client. Il n’est pas rare de voir des conducteurs de véhicules ou des motocyclistes s’arrêter les prendre dans le but leur confier un travail. A vrai, ces jeunes n’ont pas de qualification. Ils ne comptent que sur leur force physique pour faire les travaux de maçonnerie, pour curer les caniveaux ou travailler dans les champs. Eux-mêmes classent les travaux en deux catégories : les travaux légers et les travaux durs appelé dans leur jargon «Derby». Ceux qui font les travaux légers sont appelés les «Lacrou» dans leur jargon. Tandis que ceux qui font les travaux durs sont appelés les «généraux».
Le colosse Sékou Diarra se considère comme un général. «J’habite à Lassa, mais chaque jour, je viens ici pour chercher du travail. Nous sommes nombreux à chercher du travail de cette manière. Des gens viennent nous chercher pour nous confier des travaux», confie ce ressortissant de Kolokani qui fréquente cet endroit depuis des années. «Les travaux durs que les gens fuient, tels que la démolition des bétons, des maisons, le curage des caniveaux, c’est ce que je fais généralement. J’ai démoli une vieille maison datant de 135 ans au point G», dit le «général», en se mettant à citer ses exploits avec joie.

SUEUR DE SON FRONT-Si Sékou est fier de gagner sa vie à la sueur de son front, il déplore néanmoins quelques difficultés. «Quand je démolissais un béton à l’ACI, une grille m’est tombé dessus. Je ne pouvais plus travailler. Le propriétaire de la maison m’a jeté dehors après plusieurs mois d’arriérés. Tout ce que je gagne actuellement, je le dépense dans les médicaments. J’ai vendu ma moto à deux fois pour me soigner. Malgré tout, je souffre toujours», explique ce père de 5 enfants. Il se plaint également des «coxeurs» qui s’enrichissent sur leur dos. «Ces gens négocient des travaux et viennent nous chercher pour les exécuter. Ils peuvent prendre une grosse somme avec la personne et ne nous donnent que peu d’argent. Des miettes que tu bouffes avant même de finir le boulot. On est obligé d’accepter parce qu’on a des familles à nourrir», relève-t-il. Le natif de Kolokani invite ceux qui ont des travaux de venir négocier directement avec les ouvriers du Boulevard de l’indépendance. Son collègue Moussa Dembélé est venu de San. Il est constamment à la recherche d’un client. «Je passe la saison sèche à Bamako et je rentre au village une fois que les premières pluies tombent. Je sers d’ouvrier à plusieurs personnes. Je viens sur ce site depuis 2012 entre 7 heures et 8 heures. Je fais plusieurs travaux comme la maçonnerie, le décharge de bagages et la démolition de maisons », explique ce trentenaire qui a décidé de passer l’hivernage à Bamako cette année. Il confie qu’ils sont actuellement une cinquantaine sur ce site dont une vingtaine de «généraux». Pendant la saison sèche, leur nombre avoisine 175. « De grands patrons viennent nous chercher pour des travaux. Il peut arriver qu’on passe un à deux mois dans leurs champs pour y effectuer des travaux. Ils nous paient en retour. Des gens, s’ils apprécient ton travail, gardent ton contact et t’appellent de temps en temps», raconte le jeune Moussa, ajoutant qu’il gagne entre 5000 et 10000 au minimum pour des travaux durs.
Tout comme Sékou, il se plaint également des intermédiaires. « Souvent, le travail passe par plusieurs intermédiaires et du coup on n’en tire que peu. C’est là notre plus grande difficulté. On a des marchés, mais on a rien au finish. Pourtant on fait des travaux durs», déplore-t-il. Son collègue ressortissant de Ségou, Yacouba Dembélé fréquente le site depuis 2007, mais il ne travaille que dans la maçonnerie. «Je peux gagner entre 5000 et 6000 par jour», confie-t-il. A peine on termine son interview, Mme Nastou Traoré s’invite à notre conversation. Elle était venue chercher un jeune pour des travaux champêtres à Kamalé sur la route de Siby. Elle explique que depuis plusieurs années, elle sollicite ces ouvriers. «Je les paie entre 3000 et 4000 par jour», dit-elle.
Aminata Dindi
SISSOKO

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