Éditorial: Inclusif

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Inclusif ! Selon Le Petit Larousse, cet adjectif signifie : qui contient en soi quelque chose d’autre. Autrement dit qui rassemble des éléments différents. C’est le terme à la mode comme l’a été ‘participatif’ qui a eu aussi ses heures de gloire.
Si le Dialogue politique porte l’épithète ‘inclusif’, ce n’est certainement pas pour sacrifier simplement à un phénomène de mode. Une manière sans doute d’afficher la volonté de faire participer l’ensemble des pans de la société malienne. Rassurant. En attendant de voir comment les facilitateurs et les organisateurs du dialogue politique mèneront la barque.

Donner tout son sens au terme inclusif est un impératif incontournable, dicté par la nécessité d’aborder tous les sujets, en particulier les questions qui sont à l’origine de l’expansion des troubles sur la quasi-totalité de notre territoire. Le dialogue évitera ainsi de s’embourber dans les cloaques du marigot politique dans lequel savoir nager en eau trouble est une qualité. Poser des chausse-trappes sur le chemin des adversaires, déjouer les entourloupes de ces derniers, voici les jeux dans lesquels excellent les champions des joutes politiciennes. Ces empoignades qui, malheureusement, ne font que nous rapprocher du péril tant redouté. Et nous éloigner des solutions à nos tourments.

Notre Dialogue politique inclusif devra éviter la dérive politicienne. Autrement, il ne servira guère de planche de salut comme nous l’espérons tous. Le monde entier, par delà les Maliens, a été saisi d’émoi devant l’effroyable série des massacres dans la Région de Mopti. La tournure infiniment plus dramatique des événements a provoqué une onde de choc qui a traversé le pays tout entier, menaçant de nous plonger dans le chaos.

Qu’est-ce qui est à l’origine de ce tsunami, ravageur pour notre vivre ensemble ? Que faut-il faire pour éviter qu’il ne se reproduise ? Le Dialogue politique inclusif ne saurait faire l’économie de la recherche des réponses à ces questions. Dans les Régions de Ségou et Mopti, entre agriculteurs et éleveurs, le grand amour n’a jamais existé. Il y a même eu quelques épisodes dramatiques par le passé. Mais généralement, il s’agissait de simples litiges vite et très souvent mal éteints. Aujourd’hui, nous en sommes à des massacres. Un énorme pas a été franchi par dessus une rivière de sang.

L’historicité des querelles entre agriculteurs et éleveurs est un fait incontestable. Mais, les conflits transcendent les ethnies et reposent surtout sur les activités de l’agriculture et de l’élevage. Bien évidemment, les éleveurs se recrutent majoritairement parmi les nomades. Et les agriculteurs sont pour la plupart des sédentaires. Il faut signaler que de nos jours, des nomades possèdent des propriétés agricoles ; des sédentaires d’importants troupeaux de bovins et d’ovins – caprins.
S’il ne s’agit pas d’un conflit ethnique, il faudra donc en définir la nature et, ce faisant, en rechercher les causes et trouver les solutions. A écouter les populations de ces contrées, la question de l’espace vital revient régulièrement dans les propos. Les agriculteurs accusent les éleveurs de laisser les animaux paître dans les champs. Les éleveurs, de leur côté, soutiennent que les agriculteurs occupent toute la brousse, privant les bêtes de pâturages.

La raréfaction des ressources naturelles, due à l’avancée du désert, l’élevage extensif, l’agriculture itinérante… autant de facteurs exacerbant les frictions inhérentes à la cohabitation de deux activités ayant besoin de vastes espaces pour s’épanouir. Dans ce contexte, les modes traditionnels de tenure des terres sont-ils encore viables ? La Charte pastorale datant de 2001 garantit-elle la mobilité des animaux et leur accès aux ressources pastorales ? Les éleveurs respectent-ils leurs devoirs édictés par cette loi ? Les litiges sont-ils équitablement tranchés par les tribunaux ? A ces questions, les groupes extrémistes violents dont le projet est de supplanter l’Etat, tentent d’apporter des solutions. Souvent à la satisfaction des populations. N’est-ce pas là un énorme camouflet pour certains agents de l’Etat dont le comportement est loin d’être irréprochable dans les contrées reculées ? Juges, gendarmes et agents forestiers sont particulièrement montrés du doigt pour des agissements peu orthodoxes qui offrent des angles d’attaque aux groupes radicaux pour leur propagande.

A défaut de réussir à faire passer leur lutte pour une cause religieuse, ces derniers développent une rhétorique qui sonne comme un manifeste politique. Au cours des prêches que les populations sont obligées d’écouter, ils expliquent habilement que les terroristes ce sont plutôt ces fonctionnaires qui s’adonnent à des rackets, ces dirigeants qui détournent les deniers publics par milliards, mentent au peuple, privent les pauvres des soins de santé appropriés.

Les radicaux vendent donc leur action comme un moyen de ramener la bonne gouvernance dans notre pays et d’instaurer une société où règnent les bonnes mœurs. L’alternative paraît séduisante à première vue. Mais ce n’est qu’un vernis qui masque une réalité hideuse caractérisée par la montée de l’obscurantisme et la négation de la liberté et du progrès. Une réalité à démasquer afin d’en dévoiler la face repoussante. Vaste programme nécessairement inclusif.

Brehima Touré

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