Éditorial: Élargissement

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La France poursuit ses efforts de promotion du G5 Sahel. Le président Emmanuel Macron n’a pas raté l’occasion du sommet des 7 pays les plus industrialisés que la France vient d’abriter pour tenter de faire adouber le G5 Sahel par le G7. L’invitation faite à plusieurs chefs d’Etat africains dont le président en exercice du G5 Sahel, le président burkinabé Roc Marc Christian Kaboré, est une indication forte de l’intérêt de l’Hexagone pour le projet de sécurisation de l’espace sahélo-saharien.
L’initiative française aura permis de faire entendre les voix africaines dans ce Cénacle très fermé et très puissant. Et le président en exercice du G5 Sahel ne s’est pas fait prier pour saisir l’opportunité de rappeler aux puissances leur responsabilité dans l’expansion du péril terroriste à travers le Sahel. Leur équipée ayant conduit à l’assassinat de Kadhafi en 2011 a inscrit la Libye sur la longue liste des pays livrés au chaos à la suite d’une intervention militaire étrangère. Les groupes terroristes ont tôt fait de s’introduire dans la Maison Libye, ouverte aux quatre vents, pour se servir dans l’arsenal collectionné par le Guide de la Jamahiriya.

Pas sûr que les remarques du président burkinabé aient pu émouvoir l’Amérique de Donald Trump qui ne montre pas une appétence particulière pour notre continent. Or, le chef de file des grands du monde pourrait contribuer à apaiser la tension en Libye en tenant la bride à ses obligés émiratis, saoudiens et qataris dont l’influence est grande sur les acteurs de la crise libyenne.
Tout de même, le rendez-vous de Biarritz fut une opportunité de faire adopter par la France et l’Allemagne, les deux pays européens les plus engagés au Sahel, l’idée de l’élargissement du G5 Sahel à d’autres pays de la région ouest-africaine et même au-delà. Cette idée qui bénéficie ainsi du soutien des deux poids lourds de l’Union européenne, a déjà fait l’objet d’un vibrant plaidoyer du président ivoirien Alassane Ouattara lors du sommet de l’Uemoa à Abidjan en juillet dernier. Le président Ouattara a même annoncé la tenue d’un sommet extraordinaire de la Cedeao en septembre prochain avec l’objectif de créer une vaste coalition régionale.

La perspective d’une coalition plus large pourrait-elle faire bouger les lignes du côté des Américains ? Possible. Le G5 Sahel sous sa forme actuelle, portée à bout de bras par la France, fait toujours face à des réticences américaines. A la proposition française de faire financer le G5 Sahel par l’ONU, l’Oncle Sam a régulièrement opposé son refus, préférant une aide militaire bilatérale aux pays membres de l’organisation sahélienne.
Avec une éventuelle mue, le G5 Sahel perdrait son étiquette de projet de la France. Et l’arrivée de pays un peu plus nantis économiquement et dont la voix porte davantage sur le plan diplomatique est de nature à éteindre les remarques des observateurs qui soutiennent que la « somme des faibles ne fait pas forcément une force ». Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria sont sur un palier supérieur et leur carrure internationale pourrait donner du poids aux arguments que la région ouest-africaine entend développer à l’occasion de l’assemblée générale des Nations unies, en fin septembre, à New-York.
Pour emporter une large adhésion de ceux qui font la décision sur l’échiquier international, le projet doit garder une coloration africaine. Afin de ne pas effaroucher les puissances rivales de la France. L’initiative serait vouée à l’échec si le moindre soupçon faisait penser que le projet de coalition était un bébé sous couveuse de l’Hexagone. Pas question pour les autres grands pays d’offrir l’opportunité à la France d’élargir sa sphère d’influence en Afrique. La mainmise des Français sur leur pré carré n’est pas sans aiguiser des appétits chez certaines puissances. A commencer par la Russie qui a taillé des croupières au cœur du fameux pré carré en s’installant en Centrafrique. Plus généralement, la plupart des grands pays ont créé des espaces de rencontres avec les pays africains, histoire de ne pas laisser les anciens colonisateurs bénéficier seuls des formidables potentialités du continent. La septième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad VII) s’ouvre demain.
B. TOURÉ

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