Affaire de l’hécatombe des poissons : LES ANALYSES N’ONT PAS DÉCELÉ DE TOXICITÉ

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Les riumeurs ont jeté un discrédit sur la consommation de cette denrée

Le Laboratoire central vétérinaire n’a découvert aucun produit toxique. La quantité élevée de poissons morts dans le fleuve était donc due à la forte turbidité de l’eau après la pluie diluvienne

Sur le marché à poisson du Quartier du fleuve, lorsque Oumar s’approche du vieux congélateur de sa patronne pour y mettre de la glace, les mouches s’envolent en essaims. Cet exercice qu’il ressasse depuis une semaine parait insensé aux yeux d’un visiteur. Pourquoi bourrer un congélateur de gros morceaux de glace ? La réponse est simple, ici les congélateurs n’ont pas de moteur et ne sont pas alimentés par quelque source d’énergie électrique que ce soit.
Depuis quelques jours, Sali Diarra (poissonnière), la patronne d’Oumar, dépense sans compter pour la conservation de ses poissons invendus. Car les allégations donnant les poissons du fleuve Niger pour contaminés (par une substance toxique) ont paralysé ce marché comme bien d’autres de la capitale. Les clients s’y font rares, et ce malgré le résultat des analyses, selon lequel la morbidité des poissons n’est due à aucune substance toxique.
Le résultat de ces analyses, selon les poissonnières, n’a pas fait l’objet d’une large diffusion. Or, il représente un grand espoir pour le business fructueux autour du vertébré aquatique. Ces résultats infirment les rumeurs de contaminations attisées, il y a deux semaines par les réseaux sociaux. Ces rumeurs qui ont jeté un discrédit sur le poisson plombent, par ricochet, le commerce du poisson.
Selon le directeur national de l’assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances, Amadou Camara, l’analyse des échantillons prélevés a prouvé que la mort de ces poissons n’est pas due à des substances toxiques. Les échantillons ont été analysés au Laboratoire central vétérinaire de Sotuba.
La mortalité des poissons s’explique par le seul fait que quand il pleut abondamment l’eau devient boueuse ou agitée, cela entraine la mort de certaines d’espèces de poissons comme les carpes et les capitaines, mais d’autres peuvent résister comme les silures qui s’enfouissent dans la boue quand l’eau devient boueuse, selon notre interlocuteur. « Une dose létale de cyanure dans un fleuve comme le Niger avec une telle capacité de dilution serait une catastrophe. Il n’y a aucune trace de cyanure », rassure le directeur national de l’assainissement et du contrôle des pollutions et des nuisances. Le technicien ajoute que « dans ce genre de situation, il y a des produits qui sont mis en cause sur lesquels nous avons mis l’accent au niveau du Laboratoire central vétérinaire. Ces produits incriminés sont les organochlorés et les organophosphorés qui sont des insecticides et des pesticides utilisés pour traiter les plantes. Généralement ce sont ces produits qui sont le plus souvent charriés vers le fleuve à grande dose », explique Amadou Camara qui précise qu’à Baguineda, à l’Office du Niger, il peut arriver qu’après une grande pluie, on constate des concentrations assez élevées de pesticides et ce sont des produits utilisés pour tuer les oiseaux et les insectes. « Ce sont ces produits que nous avons recherché, c’était ça notre grande inquiétude. C’était une grande probabilité avec la quantité de pluie drainée vers les zones de Baguineda, a-t-il développé. Nous traversons une période où nos producteurs utilisent beaucoup d’engrais, de pesticides. Une dose de concentration élevée de ces produits tuerait les poissons, c’est ce qu’on appelle les polluants organiques persistants. Ils peuvent durer longtemps dans l’environnement, dans l’eau, dans l’air. Ils ont une durée de vie très élevée».
La mortalité élevée des poissons a effrayé les consommateurs. A tel point que dans certains marchés à poissons de la capitale l’affluence est faible. Comme par exemple à la place de Sélingué. Ici, au pied du siège de la BCEAO, une Mercédès 190 vient de se garer, du coffre Ady, un dépeceur, tire un gros sac de poisson fraîchement arrivé de Sélingué. Le sac de poisson appartient à un homme habillé en bazin qui se refuse à tout commentaire. C’est pour lui qu’Ady travaille. Et il est sans doute le poissonnier le plus chanceux de la place cette semaine, pour avoir pu écouler hier trois sacs de poissons.
A la place de Sélingué, il se raconte que cette affaire a occasionné un énorme manque à gagner pour les revendeurs de poissons. Si le grossiste en bazin évite tout contact avec notre équipe, les détaillantes, elles, ne ratent pas l’occasion de formuler des griefs. Ces revendeuses exhortent le gouvernement à une meilleure diffusion de l’information sur les résultats des analyses. « Les images de poissons contaminés qui circulaient sur les réseaux sociaux n’étaient pas des poissons d’eau douce. Cela nous a fait du mal. Le marché est paralysé. Nous n’arrivons pas à écouler nos poissons. Nous dépensons beaucoup pour la conservation », se lamente Sali qui recommande que le gouvernement rassure les populations. Ami Keïta, poissonnière aussi, semble s’adapter à la nouvelle situation. Au lieu de dépenser une fortune pour la conservation de ses produits, elle a décidé de les fumer. « En les fumant, je dépense moins et je suis sûre de pouvoir vendre dans cet état », espère-t-elle.
Le sous-directeur chargé de la prévention et de la lutte contre la maladie à la direction régionale de la santé de Bamako, Abdoul Karim Sidibé, lors d’une conférence de presse fin mai, a révélé que 143 personnes ayant consommé les poissons mis en cause ont été placées sous surveillance. Mais aucun cas d’intoxication lié à ces poissons n’est à signaler. En plus, le département de la Santé assure qu’à son niveau et dans toutes les régions et districts sanitaires, des médicaments et consommables ont été prédisposés pour parer à toute éventualité.
Yacouba TRAORÉ

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